Verboeckhoven : peintre animalier belge et héros de 1830
- 31 mars
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 avr.
Il a peint les chiens du roi, désarmé un soldat à mains nues, et c'est lui qui a construit les murs où il fait bon siroter un verre ou déguster un plat. Eugène Verboeckhoven. Le nom ne vous dit peut-être rien.
Et pourtant.
Enfant envoyé travailler dans une fabrique de jouets. Adulte, peintre si célèbre que copié à l’excès.
Combattant de la révolution belge, signataire de la pétition qui a mis Léopold Ier sur le trône.
Et en 1836, premier propriétaire du terrain qui deviendra, un siècle et demi plus tard, l'Ultieme Hallucinatie.
Un personnage de roman.
Et pourtant, tout est vrai.

De la fabrique de jouets aux salons royaux : l'enfance oubliée de Verboeckhoven
Warneton, 9 juin 1798. Eugène naît d'un père sculpteur, « le plus irascible et le meilleur des hommes », qui lui apprend à dessiner avant de l'envoyer, à onze ans, travailler dans une fabrique de jouets en carton moulé à Gorcum. Le gamin y est promu, ironie de l'histoire, « maître d'atelier ». Il rentre, entre à l'Académie de Gand, y progresse à toute vitesse… et se retrouve injustement classé cinquième lors d'un concours. Indigné, il claque la porte. Le jury venait de refuser le meilleur élève qu'il ait jamais eu.
Verboeckhoven, peintre animalier belge : un succès européen au XIXe siècle que les faussaires adoraient copier
Verboeckhoven devient rapidement l'un des peintres animaliers les plus célèbres d'Europe. Moutons, chevaux, loups, peints avec une précision presque scientifique et une sensibilité romantique qui enchante les salons bourgeois du XIXe siècle. Son carnet de commandes est plein pour plusieurs années d'avance, et des faussaires à Anvers ne produisent que des copies de ses toiles destinées à l'export. Être copié à grande échelle, c'est la marque ”ultime” du succès.
Vincent van Gogh, lui, n'est pas convaincu. Dans une lettre à son frère, il parle des « vaches grandeur nature du pieux Verboeckhoven » comme d'une chose terrifiante. Chacun ses goûts, Van Gogh n'a pas non plus vendu beaucoup de toiles de son vivant.
Peintre officiel de Léopold Ier… en commençant par le chien de la reine
Léopold Ier est amateur de peinture animalière. Il fait appel à Verboeckhoven, mais ce n'est pas le roi qui pose en premier. C'est le chien de la reine Louise-Marie. Puis un tigre. Puis des perroquets pour le palais. On imagine le peintre le plus coté d'Europe, carnet en main, face au toutou royal. La suite est plus glorieuse : il peint finalement le grand portrait équestre du roi, est nommé commandeur de l'Ordre de Léopold, et décoré de la Légion d'honneur, de l'Ordre du Christ du Portugal et de l'Ordre de Saint-Michel de Bavière. Pas mal pour quelqu'un dont la carrière a débuté entre les pattes d'une vache en carton moulé.

Verboeckhoven et la révolution belge de 1830 : le peintre qui a posé le pinceau pour prendre les armes
En 1830, Verboeckhoven a 32 ans et une carrière internationale. Pourtant, il pose le pinceau et part à la guerre. Il lève une compagnie de volontaires, désarçonne un soldat néerlandais à Diegem et lui arrache sa lance, qu'il transformera en manche de drapeau pour son unité. Le grand tableau de Wappers sur les Journées de Septembre le représente, lance à la main. Il figure parmi les signataires de la pétition qui met Léopold Ier sur le trône. Lui et son frère reçoivent la Croix de Fer.

1836 : Verboeckhoven fait construire la maison qui deviendra l'Ultieme Hallucinatie
En 1836, au sommet de sa gloire, Verboeckhoven fait construire une maison néoclassique sobre et élégante à Saint-Josse-ten-Noode, sur un terrain acheté au Comte Cornet de Grez, dont le nom baptise encore aujourd'hui la rue d'en face. Près de 150 ans plus tard, ce bâtiment deviendra l'Ultieme Hallucinatie.

La place Verboeckhoven à Schaerbeek : pourquoi tout le monde dit
« la cage aux ours » ?
Schaerbeek lui dédie une place en 1874. L'entrepreneur remplace les murs de soutènement par des faux rochers et des grilles circulaires. En 1878, lors d'une réunion électorale houleuse, l'échevin Bergé, adversaire politique du bourgmestre, compare le tout à « la cage aux ours du zoo de Berne » qu'il vient de visiter. Le surnom s'impose aussitôt. Aujourd'hui encore, personne ou presque ne connaît le nom officiel, d'autant que la commune a entre-temps estropié celui de Verboeckhoven en y supprimant le « c ». La postérité, décidément, n'est jamais tout à fait simple.
Décédé le 19 janvier 1881 à Schaerbeek, dans la ville qu'il avait contribué à libérer. Sa maison continue de recevoir du monde, sous un autre nom.
Eugène est le premier chapitre, mais la famille Verboeckhoven cache encore des secrets entre les murs de l'Ultieme, dont un livre que vous connaissez forcément…
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