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Verboeckhoven : peintre animalier belge et héros de 1830

  • 31 mars
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 avr.

Il a peint les chiens du roi, désarmé un soldat à mains nues, et c'est lui qui a construit les murs où il fait bon siroter un verre ou déguster un plat. Eugène Verboeckhoven. Le nom ne vous dit peut-être rien.

Et pourtant.

Enfant envoyé travailler dans une fabrique de jouets. Adulte, peintre si célèbre que copié à l’excès.

Combattant de la révolution belge, signataire de la pétition qui a mis Léopold Ier sur le trône.

Et en 1836, premier propriétaire du terrain qui deviendra, un siècle et demi plus tard, l'Ultieme Hallucinatie.

Un personnage de roman.

Et pourtant, tout est vrai.


Autoportrait d'Eugène Verboeckhoven, peintre animalier belge, huile sur toile, 1854, signé Eugène Verboeckhoven
Autoportrait d'Eugène Verboeckhoven, 1854 — à 56 ans, au sommet d'une carrière hors du commun. C'est lui qui a fait construire les premiers murs de l'Ultieme Hallucinatie, que vous pouvez découvrir au 316 rue Royale à Bruxelles.

De la fabrique de jouets aux salons royaux : l'enfance oubliée de Verboeckhoven


Warneton, 9 juin 1798. Eugène naît d'un père sculpteur, « le plus irascible et le meilleur des hommes », qui lui apprend à dessiner avant de l'envoyer, à onze ans, travailler dans une fabrique de jouets en carton moulé à Gorcum. Le gamin y est promu, ironie de l'histoire, « maître d'atelier ». Il rentre, entre à l'Académie de Gand, y progresse à toute vitesse… et se retrouve injustement classé cinquième lors d'un concours. Indigné, il claque la porte. Le jury venait de refuser le meilleur élève qu'il ait jamais eu.


Verboeckhoven, peintre animalier belge : un succès européen au XIXe siècle que les faussaires adoraient copier


Verboeckhoven devient rapidement l'un des peintres animaliers les plus célèbres d'Europe. Moutons, chevaux, loups, peints avec une précision presque scientifique et une sensibilité romantique qui enchante les salons bourgeois du XIXe siècle. Son carnet de commandes est plein pour plusieurs années d'avance, et des faussaires à Anvers ne produisent que des copies de ses toiles destinées à l'export. Être copié à grande échelle, c'est la marque ”ultime” du succès.


Vincent van Gogh, lui, n'est pas convaincu. Dans une lettre à son frère, il parle des « vaches grandeur nature du pieux Verboeckhoven » comme d'une chose terrifiante. Chacun ses goûts, Van Gogh n'a pas non plus vendu beaucoup de toiles de son vivant.


Peintre officiel de Léopold Ier… en commençant par le chien de la reine


Léopold Ier est amateur de peinture animalière. Il fait appel à Verboeckhoven, mais ce n'est pas le roi qui pose en premier. C'est le chien de la reine Louise-Marie. Puis un tigre. Puis des perroquets pour le palais. On imagine le peintre le plus coté d'Europe, carnet en main, face au toutou royal. La suite est plus glorieuse : il peint finalement le grand portrait équestre du roi, est nommé commandeur de l'Ordre de Léopold, et décoré de la Légion d'honneur, de l'Ordre du Christ du Portugal et de l'Ordre de Saint-Michel de Bavière. Pas mal pour quelqu'un dont la carrière a débuté entre les pattes d'une vache en carton moulé.


Portrait de la reine Louise-Marie de Belgique, Gustave Wappers et Eugène Verboeckhoven, ca 1837 - la reine par Wappers, le cheval et le chien par Verboeckhoven
Portrait de la reine Louise- Marie - une œuvre à quatre mains : Wappers peint la reine, Verboeckhoven peint le cheval et le chien. La collaboration des deux plus grands peintres belges de l'époque, pour la cour royale de Belgique.


Verboeckhoven et la révolution belge de 1830 : le peintre qui a posé le pinceau pour prendre les armes


En 1830, Verboeckhoven a 32 ans et une carrière internationale. Pourtant, il pose le pinceau et part à la guerre. Il lève une compagnie de volontaires, désarçonne un soldat néerlandais à Diegem et lui arrache sa lance, qu'il transformera en manche de drapeau pour son unité. Le grand tableau de Wappers sur les Journées de Septembre le représente, lance à la main. Il figure parmi les signataires de la pétition qui met Léopold Ier sur le trône. Lui et son frère reçoivent la Croix de Fer.


Gustave Wappers, Épisode des Journées de Septembre 1830 sur la place de l'Hôtel de ville de Bruxelles - Eugène Verboeckhoven apparaît avec la lance prise à un soldat néerlandais à Diegem
« Épisode des Journées de Septembre 1830 » de Gustave Wappers (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique). Regardez attentivement : Verboeckhoven est là, lance à la main — celle qu'il avait arrachée à un soldat néerlandais à Diegem deux jours plus tôt. Tableau visible Rue Royale … mais pas au 316.


1836 : Verboeckhoven fait construire la maison qui deviendra l'Ultieme Hallucinatie 


En 1836, au sommet de sa gloire, Verboeckhoven fait construire une maison néoclassique sobre et élégante à Saint-Josse-ten-Noode, sur un terrain acheté au Comte Cornet de Grez, dont le nom baptise encore aujourd'hui la rue d'en face. Près de 150 ans plus tard, ce bâtiment deviendra l'Ultieme Hallucinatie.


Eugène Verboeckhoven, Troupeau de moutons surpris par l'orage, 1839, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles
« Troupeau de moutons surpris par l'orage » (1839) — peint à l'époque où Verboeckhoven vivait dans la maison qui deviendra l'Ultieme Hallucinatie, et visible aujourd'hui aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à deux pas d'ici.


La place Verboeckhoven à Schaerbeek : pourquoi tout le monde dit

« la cage aux ours » ?


Schaerbeek lui dédie une place en 1874. L'entrepreneur remplace les murs de soutènement par des faux rochers et des grilles circulaires. En 1878, lors d'une réunion électorale houleuse, l'échevin Bergé, adversaire politique du bourgmestre, compare le tout à « la cage aux ours du zoo de Berne » qu'il vient de visiter. Le surnom s'impose aussitôt. Aujourd'hui encore, personne ou presque ne connaît le nom officiel, d'autant que la commune a entre-temps estropié celui de Verboeckhoven en y supprimant le « c ». La postérité, décidément, n'est jamais tout à fait simple.


Panneau officiel de la place Eugène Verboekhoven à Schaerbeek que tout le monde appelle « la cage aux ours » - notez l'orthographe erronée, sans le 'c' de Verboeckhoven
La place porte bien son nom - ou presque. Le « c » de Verboeckhoven a mystérieusement disparu dans la translittération officielle.

Décédé le 19 janvier 1881 à Schaerbeek, dans la ville qu'il avait contribué à libérer. Sa maison continue de recevoir du monde, sous un autre nom.


Eugène est le premier chapitre, mais la famille Verboeckhoven cache encore des secrets entre les murs de l'Ultieme, dont un livre que vous connaissez forcément…

Si vous aimez les histoires, venez les découvrir  dans notre brasserie Art Nouveau !



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