Rue Royale : À mi-chemin du parcours des rois, le “Vert Ultieme” de l’Hôtel Cohn-Donnay
- 4 mars
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L'histoire de la Rue Royale se raconte en 3 chapitres, l'Hôtel Cohn-Donnay apparaît dans l'« ultieme » épisode.
Tracée dès 1776, cette artère est l'une des plus emblématiques de Bruxelles. C'est en 1821 que l'idée de relier le palais royal au palais de Laeken prend racine. Peut-être une première volonté de joindre l'Ultieme à l'agréable …

Le premier tracé : 1776–1780
Le premier tronçon est tracé à l'initiative des autorités autrichiennes, représentées par les architectes Guimard* et Zinner, dans le cadre d'un vaste projet néoclassique comprenant la place Royale et le Parc de Bruxelles. Long d'à peine 700 mètres, il relie la place Royale (Place de Coudenberg en 1780) à la place de Louvain en longeant le Parc. Très vite prisé, il accueille de nombreux hôtels particuliers occupés jusqu'à la fin du 19ᵉ siècle par de riches familles aristocratiques.
* Barnabé Guimard (1731-1805), architecte français, sans lien avec Hector Guimard (1867-1942), figure majeure en France de l'Art nouveau.

Carte de 1843 qui montre la Rue Royale lors de la construction de la Maison.
La « rue Royale-Neuve » de la place de Louvain à la Porte de Schaerbeek,
2ème tronçon
En 1821, l'arpenteur Godfurneau est chargé d'un projet d'extension. La première pierre est posée en juin 1822 par le bourgmestre De Wellens. Le défi est de taille : le terrain présente une déclivité importante. Les travaux de terrassement sont spectaculaires, la rue Royale-Neuve surplombera finalement le « quartier des Bas-Fonds » de 15 mètres. En attendant l'urbanisation, on munit ce côté de garde-corps. Encore aujourd'hui, depuis la place du Congrès (créée vers 1850 à leur emplacement), on mesure l'ampleur de l'ouvrage face à la perspective sur le bas de la ville.
La "porte de Schaerbeeck" n'est plus déjà qu'une appellation : démolie vers 1782, elle a été remplacée par des pavillons d'octroi.
À l’époque, l’octroi, une taxe prélevée pour le passage des marchandises de l’extérieur vers la ville (comme l’évoque Philippe Baudot dans son roman « Piano Rue Royale »), est encore d’usage. Ce sont ces pavillons qui marquent la limite de cette extension de l’axe initial.

« Rue Royale Extérieure » jusqu’à l’église Sainte-Marie,
création d’une perspective royale
Décidé dès 1824, le prolongement final ne se concrétise qu'en 1828. Tracée sur les hauteurs séparant les vallées du Maelbeek et de la Senne, la rue Royale Extérieure bénéficie d'un écrin de choix : le jardin botanique côté Senne, inauguré en 1829, et en point d'orgue, l'église Royale Sainte-Marie.
Projetée dès 1840 par Van Overstraeten, entamée en 1847 et terminée … en 1885, cette église incarne l'aboutissement symbolique de l'axe.
Ses concepteurs ne manquaient pas d'ambition : « L’effet recherché est celui de la rupture d’échelle et du coup de théâtre, créé par le contraste d’un dôme ayant le plus grand volume possible et dont l’énorme masse découpée par huit tourelles en saillie, … est sans rapport avec celle des maisons de la rue Royale. … le surgissement au-delà des habitations de ce colosse, dont l’élévation de 65 mètres … viendra découper la silhouette tout entière sur l’horizon et permettra à l’œil d’embrasser tout l’ensemble, … portera jusqu’aux nues la grandeur et la majesté de la capitale »*
*Rapport du conseil de fabrique, 5 avril 1845 (archives de la paroisse), « BRUXELLES PATRIMOINES N°003 – 004 – 09-2012 »
C'est à deux pas de cette future église, au n°43* de cette ultime extension, que le 11 mars 1836 est accordée à un célèbre peintre l'autorisation de construire sur un terrain « dans le prolongement de la rue Royale hors de la porte de Schaerbeeck ».
*Le numéro 43 de la Rue Royale Extérieure deviendra le 214 de la rue Royale puis le 226 puis le 288 et enfin le 316 !
Une rue Royale unifiée mais pas uniforme
En 1851, les termes "neuve" et "extérieure" disparaissent, et les trois sections fusionnent sous un nom unique : rue Royale.
Berceau du néoclassicisme bruxellois, elle s'est enrichie au fil du temps d'influences néo-Renaissance, Beaux-Arts, éclectiques, fonctionnalistes … et bien sûr Art nouveau. Paul Hankar y laisse sa marque avec la façade de l'ancienne chemiserie Niguet au n°13 ; Paul Hamesse y signe en 1904 l'une de ses œuvres majeures, au n°316.
Mais la rue Royale, c'est aussi là qu'on inventa le chicon, qu'on imprima la première édition des Misérables, ou qu'on pleura Puccini. Autant d'histoires à venir…
Le Vert Ultieme : quand une façade devient légende

Dans la perspective monumentale de la rue, une dissonance chromatique attire l'œil. À la fin des années 80, Fred Dericks recouvre la devanture de ce vert profond qui capte la lumière de la rue Royale et ancre De Ultieme Hallucinatie dans le regard des passants. Il intrigue, il attire, il annonce un univers à part, une respiration dans la rigueur de la rue. La façade et son vert singulier ne sont pas un simple choix esthétique : ils sont devenus la signature vivante du lieu.
Ce pigment crée aussi une fameuse polémique avec Guy Cudell. Le truculent bourgmestre de Saint-Josse, pourtant lui-même haut en couleur, régale la presse de sa sentence : « Saint-Josse n'est pas Disneyland ! »
Cette identité chromatique est d’ailleurs devenue si emblématique que vous trouverez sur place une série de sous-bocks dédiés : preuve que ce vert n’est pas seulement une couleur de façade, mais une véritable icône bruxelloise.
Le Vert Ultieme vous guide. Il ne vous reste qu’à en franchir le seuil…
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